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La passion de la certitude

иконографияикониLGCM, par Ihar - Trouvé sur FlickrL’Église d’Angleterre doit-elle assouplir sa position quant à l’homo- et la bisexualité ? Cette question doctrinale, qui divise les fidèles et le clergé depuis plusieurs années, vient de bénéficier d’une contribution qui pourrait être décisive : celle du Royal College of Psychiatrists, dont le rapport a été remis en décembre dernier à la hiérarchie anglicane. Appelés à « dire la science » comme on dit le droit, les psychiatres du Lesbian and Gay Special Interest Group ont parfaitement rempli leur mission. Comme le dit l’introduction de leur rapport, « Le Royal College of Psychiatrists estime que les personnes lesbiennes, homosexuelles et bisexuelles devraient être considérées comme des membres à part entière de la société, possédant exactement les mêmes droits et responsabilités que tous les autres citoyens. » Nous voilà rassurés : si Dieu Lui-même, par l’intermédiaire de l’un ou l’autre prophète, a condamné les « amours contre nature », ses représentants devraient être forcés, sinon de les accepter, au moins de leur épargner le feu de l’enfer ! La science a parlé : si l’homosexualité n’est pas une maladie, mais une particularité naturelle, la religion ne dispose désormais d’aucun autre choix que de s’en accommoder.

Dans tous les débats sociaux, politiques ou moraux, nous avons pris l’habitude de demander aux scientifiques des avis définitifs, balayant parfois plusieurs siècles d’arguments et de contre-arguments. Dans des questions dont ni la philosophie, ni la religion, ni l’opinion publique ne sont venues à bout, les savants s’estiment autorisés à imposer leurs vues, auxquelles aucun profane n’ose opposer les siennes. Qui, en effet, mieux qu’un psychiatre, serait en droit d’affirmer que l’homosexualité n’a rien de répréhensible ? Qui, mieux qu’un médecin, pourrait définir à partir de quand le fœtus devient une personne ? Nous demandons à la science ce qu’aucune discipline intellectuelle n’a pu nous donner avant elle : la certitude, la suppression définitive de l’erreur et de l’irrésolution morale.

Un « Second Life » de l’intellect

Imaginez un monde virtuel en ligne où tout un chacun pourrait, en quelques clics, s’improviser journaliste, historien, sociologue, écrivain ou philosophe, une sorte de Second Life de l’intellect. Comme dans la réalité, il y aurait dans cette simulation des débats, des guerres idéologiques, des grandes révélations, des courants d’idées révolutionnaires, des penseurs définitifs, des cabales et des modes. Cet univers artificiel aurait ses grands noms, ses sinistres inconnus, ses tâcherons du clavier et ses marginaux. Fermé sur lui-même, il ne mentionnerait que des sources qui lui sont propres, excluant toute référence au réel. Plutôt que de citer un livre, par exemple, les intellectuels virtuels citeraient un article consacré à ce livre, ou un ouvrage moins important, mais publié à l’intérieur de leur simulacre.

Bien sûr, les vrais penseurs, les vrais éditeurs et les vrais journaux, comprenant l’intérêt de cette réplique du champ d’activité où ils opèrent, ne tarderaient pas à y participer, touchant ainsi un grand nombre de clients potentiels. Ils y recycleraient les informations, les textes, les articles et les échantillons déjà rentabilisés ailleurs, contribuant à l’illusion de réalité recherchée par les participants ordinaires. À l’occasion, de vrais débats seraient même lancés dans le monde artificiel, des authentiques révélations y seraient publiées et des livres, albums de musique et films seraient distribués en avant-première. Poursuivre la lecture ‘Un « Second Life » de l’intellect’ »

Julien Boyer, dissection d’un désastre

Julien Boyer - \Un tronc d’homme évoquant un écorché anatomique, enfermé dans un circuit imprimé. Une forme humanoïde émergeant d’une machine-outil. Les perspectives inhumaines d’un tapis roulant de centre commercial, d’un viaduc d’autoroute ou d’une gare. Des tours apparaissant derrière des barreaux, prison à l’intérieur d’une prison. Un SDF couché sur une bouche d’aération, au milieu des palissades d’un chantier. Poursuivre la lecture ‘Julien Boyer, dissection d’un désastre’ »

OpenCourseWare, ou le meilleur des mondes universitaires

MIT buildings, par wili_hybrid - Trouvé sur FlickrIl est des innovations qui suscitent immédiatement une adhésion sans réserve et qui refont briller pour un instant l’étoile ternie du Progrès dans le ciel incertain de l’avenir. OpenCourseWare, le programme de cours en ligne gratuits du Massachusetts Institute of Technology, fait indubitablement partie de ces prometteuses nouveautés, avec ses 1800 cours universitaires offerts librement à tous les habitants de la planète disposant d’une connexion internet. À première vue, il paraît impossible de critiquer une telle initiative, qui fait progresser le savoir et reculer l’ignorance dans des contrées naguère défavorisées sur ce plan. Comme le chante Justin Pope dans un article de l’Associated Press :

« Dans son dortoir d’Istanbul, Kemal Burcak Kaplan, un étudiant de licence de l’université Bogazici, télécharge les cours de Strang [un talentueux professeur d'algèbre linéaire du MIT] pour essayer d’améliorer son niveau dans une classe locale. Dans la banlieue de Calcutta, l’étudiant de maîtrise Sriram Chandrasekaran les utilise pour réviser les matrices pour ses cours d’ingénieur du prestigieux Institut Indien de Technologie. » Poursuivre la lecture ‘OpenCourseWare, ou le meilleur des mondes universitaires’ »

L’intelligence, éléphant dans l’obscurité de l’esprit

Elephant in the dark, par Mister-E - Trouvé sur FlickrDeux psychologues expliquent à un public d’enseignants les tests de quotient intellectuel. Présentant une épreuve après l’autre, ils arrivent à une partie qu’ils promettent particulièrement difficile. Soudain, le silence se fait dans la salle : à mesure qu’ils énoncent les questions, chacun s’efforce d’en trouver les réponses, dans une tension que nul n’aurait soupçonné quelques secondes avant. Secrètement, tous semblent se demander si la bonne opinion qu’ils ont de leur propre intelligence repose sur une réalité, ou s’ils font au contraire partie des sous-doués de l’esprit, de ceux qui porteront toute leur vie la marque infamante de l’infériorité intellectuelle.

Depuis que les tests de QI existent, ils suscitent un mélange de fascination et d’anxiété. Le pouvoir qui leur est prêté de quantifier l’efficacité du cerveau explique leur influence sociale, scolaire et professionnelle. En fait, même s’ils sont contestés par un très grand nombre de psychologues, il suffit qu’ils mesurent quelque chose pour remplir leur rôle de sélection. Si l’intelligence et la bêtise, ces notions intuitives dont il n’existe aucune définition universelle, déterminent la réussite ou l’échec aux questionnaires d’évaluation, nous ne pouvons échapper à la conclusion que ces derniers désignent, plus ou moins directement, des compétences bien réelles. Poursuivre la lecture ‘L’intelligence, éléphant dans l’obscurité de l’esprit’ »